Interview de David Chelly, monsieur Nom de Domaine sur le net

Le web est aussi constitué de gens passionnants, et de personnalités toujours prêtes à vous rendre service. J’avais très envie d’inaugurer une série d’interview sur mon site sur ces personnalités qu’il faut connaître.

David Chelly fait partie de ceux-là, d’une gentillesse à toute épreuve, il nous parle un peu de lui et beaucoup de noms de domaine, son territoire de prédilections. Merci David d’avoir accepté de te prêter au jeu, et pour les autres, bonne lecture !

Tu es une figure respectée dès lors qu’il est question de NDD, comment es tu arrivé à cette spécialisation ?

Ca remonte à 2006. Je créais des sites dans des thématiques porteuses, en vue de les monétiser ou de les revendre. J’utilisais les namecatchers de l’époque pour récupérer des noms de domaine avec du jus SEO, comme beaucoup font aujourd’hui avec Youdot par exemple. Un jour, le nom de domaine alternativeenergy.com s’est vendu à plus de $50k sur Snapnames et cela m’a beaucoup étonné. Comment un simple nom de domaine sans le moindre contenu pouvait valoir davantage que tous les sites que j’avais achetés et vendus jusqu’alors ? Cela a été le point de départ de la découverte d’un univers qui reste encore une quinzaine d’années plus tard ce que je préfère dans le web.

Tu es clairement issu du monde de l’université, tu peux nous en dire plus sur ces nombreuses années universitaires (élève/prof/chercheur)

J’ai obtenu le bac avec un an d’avance, mais assez péniblement car je n’écoutais rien en classe. A la fac, je n’ai pas mis un pied en cours mais j’ai commencé à avoir de bons résultats et à mener plusieurs cursus de front, car le système me convenait mieux et grâce à d’excellentes conditions matérielles et pratiques pour étudier, étant fils unique d’une famille aisée.

J’ai commencé à enseigner au démarrage de ma thèse en management, à 22 ans. C’était plutôt un choix contraint au début, car c’est difficile d’avoir une activité à temps plein pendant le doctorat. Cela fait plus de vingt-cinq ans que je donne des cours dans l’Enseignement supérieur, mais je le fais de moins en moins. Je n’ai jamais aimé enseigner à l’Université, que je considère comme un grand panier de crabes, ni en Ecoles de Commerce, où je ne me sens pas à l’aise. Quand à la recherche, j’ai abandonné lorsque j’ai commencé à me spécialiser dans le secteur internet, les deux ne me paraissant pas compatibles.

Nous te connaissons en tant que co fondateur du NDD Camp, déjà six éditions, tu dois être fier de voir les bons retours qu’il génère ?

C’est vrai que le NddCamp a acquis un certain succès d’estime au fil des années, mais c’est surtout grâce à mon collègue et ami Philippe Franck. Je n’en tire personnellement aucune fierté car cela reste de l’ordre du domaine professionnel et je n’y attache pas d’importance.

Les SEO sont beaucoup attirés par les EMD et les Expirés, mais les domaines inintéressants pour nous voient leur prix s’envoler. Comment expliques tu cela ?

C’est une illusion d’optique que l’on connaît bien en domaining. On remarque facilement les domaines qui atteignent des prix exagérés, mais on oublie de prendre en compte 99 % des ventes qui se terminent à des prix anodins.

Youdot possède la double particularité d’exceller en marketing, si bien que l’entreprise dispose d’une grande base de clients, en même temps qu’elle éprouve de grandes difficultés à s’imposer face à ses concurrents pour récupérer les meilleurs domaines. En conséquence, l’offre de domaines en vente sur Youdot est très faible par rapport au nombre de clients, si bien que les prix sont fortement tirés vers le haut. Pour d’autres raisons, les prix peuvent également être très élevés chez Dropcatch, surtout pour les domaines avec un grand nombre de RefDom, et c’est également le cas ponctuellement sur d’autres plateformes.

Mais ça n’est que la partie émergée de l’iceberg. la réalité est que personne ne gagne vraiment d’argent sur ce marché, pas plus Youdot que Dropcatch ou Snapnames. Paradoxalement, le marché est plus avantageux aujourd’hui pour les clients expérimentés que pour les plateformes. Cela revient moins cher d’acquérir des domaines expirés aujourd’hui qu’il y a cinq ou dix ans. Auparavant, les propriétaires laissaient peu les domaines expirer car ils étaient beaucoup plus faciles à monétiser avec les minisites ou même le parking. De plus, le snap coûtait 59 usd alors que l’on peut aujourd’hui avoir des domaines de qualité honorable pour une vingtaine d’euros.

D’ailleurs, en matière d’expiré, quels sont les risques légaux souvent ignorés que tu voudrais mettre en lumière au détour de cette interview ?

C’est une excellente question ! Et encore une fois, une erreur basée sur une illusion d’optique. Tu peux te baigner tous les jours dans la Baie de St-Paul sans jamais croiser de requin, mais tu ne verras jamais un Réunionnais dans l’eau, car eux connaissent très bien les dangers. Tous les jours, de nombreux SEO expliquent qu’il n’y a aucun risque à racheter un domaine expiré, puisqu’ils le font régulièrement et qu’ils n’ont jamais eu de souci. A l’appui, les justifications sont basées sur des mythes, comme par exemple que les droits de l’ancien titulaire disparaissent avec l’expiration, ou que le maximum que l’on risque est de perdre est le nom de domaine.

La réalité est complètement différente. Chaque semaine, des clients m’informent qu’ils ont été contraints d’abandonner leur site et de verser des dizaines de milliers d’euros de dommages & intérêts. Si la vision du SEO comporte une certaine forme de logique, elle s’oppose à celle du plaignant, qui est totalement en contradiction et le plus souvent préférée par le juge. Le droit n’est pas une science exacte, régie par des règles universelles, mais le lieu d’exercice de rapports de forces. On trouve une multitude de décisions contradictoires, étonnantes, injustes ou illogiques. Rien ne peut être prévu à l’avance, il faut juste avoir en tête une idée des risques et ne pas faciliter la tâche de ayants-droits avec certaines erreurs et négligences de base.

Le plus étonnant est que des sites comme Marianne2 ou Marine2017, qui sont à mon avis d’excellents exemples de ce qu’il ne faut pas faire, soient considérés comme des modèles par un grand nombre de SEO. C’est notamment pourquoi les sessions noms de domaine du SEO Camp Paris de mars prochain, dont j’ai la charge de la coordination, comporteront notamment des interventions de juristes.

Depuis quelques années, Google est registar, d’autres changements récents interviennent, comment vois-tu l’avenir du NDD ?

Le fait que Google soit registrar est déjà très ancien. Nombre de SEO avaient interprété ce fait comme la volonté pour Google d’avoir accès à des données sur les titulaires des noms de domaine, pour les intégrer dans son algorithme. Or, être registrar ne donne accès à aucune donnée supplémentaire, le whois étant une base décentralisée et librement accessible à tous.

Le principal événement du secteur des noms de domaine depuis les vingt dernières années a été selon moi le lancement des nouvelles extensions en 2014. Annoncés par leurs créateurs et par les registrars comme la fin du .com, cela n’a eu aucun impact sur le marché des noms de domaine, comme les domainers confirmés l’avaient justement prédit. Cela n’a pas non plus eu de grand impact sur les éditeurs de sites, les marques et les SEO.

Il est difficile de prédire l’évolution du secteur des noms de domaine car le marché est décentralisé et sans barrières à l’entrée. Un grand nombre de choses sont possibles. Je ne suis optimiste ni pour les domainers, ni pour les registrars et donc pas davantage pour les registres. En moyenne, un domainer ne vend chaque année que quelques pourcents de ses noms de domaine. Si des changements importants interviennent sur le marché, les domainers seront sans doute les premiers à les voir, mais ils ne pourront pas modifier leur portefeuille en conséquence, car le second marché des noms de domaine est très peu liquide. Quand aux registrars, ils sont beaucoup trop nombreux à se battre sur un marché restreint, sans aucun moyen de se différencier, puisque tout le monde offre strictement le même produit. L’avenir incertain des domainers et des registrars pourrait également impacter les registres, notamment privés, car il sera de plus en plus difficile de tirer de la rentabilité de l’exploitation d’extensions de noms de domaine, dont une très grande majorité ont une utilité faible ou quasi nulle.

Pour te retrouver: http://www.davidchelly.com

5 commentaires

  • Très intéressant. De mon côté, je vois des NDD de qualité et acheté très chers (en 2019) qui n’arrivent pas à remonter en SEO.
    J’ai l’impression que lintéret pour les expirés est en train de diminuer.. même s’il n’est pas encore mort.

  • Bravo Julien pour cette initiative, et merci à David d’ouvrir le bal avec autant d’humilité, ça contraste tellement avec le milieu du SEO francophone et c’est tellement agréable…
    Je suis d’accord avec PIerre ci-dessus, j’ai l’impression que les redirections 301 depuis un expiré, ou encore l’astuce pour générer des revenus passifs en remontant un site avec ses anciens contenus archivés et 2 ou 3 nouveaux backlinks ne sont plus l’arme fatale des vendeurs de rêve… Quant aux nouvelles extensions, qui aurait des chiffres sur leurs repartitions ou leur gain de popularité ?

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